J'avais commencé par un hommage à
Annie Baron-Carvais en présence de son père
Charles Baron. Derrière lui, Pascal Ory, qui lui a dédicacé la biographie de René Goscinny. Annie est décédée à New York. Elle qui avait tant fait pour la promotion du comic-book en France, notamment dans les milieux universitaires. Lui dédicacer cette journée, « New York en BD » au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme était dans l'ordre des choses.
Eddy Portnoy, historien new-yorkais de la BD yiddish. © L'Agence BD La journée avait débuté par une intervention de l'historien new-yorkais
Eddy Portnoy qui a fait découvrir à l'assistance les bandes dessinées d'une presse yiddish que beaucoup ignoraient.
Ensuite, l'écrivain
Martin Winckler est venu nous parler de
Superman, de
Batman et des
4 Fantastiques avec la passion qui l'avait habitée lorsqu'il a découvert ces lectures à l'adolescence. Il s'est aussi étendu sur les évocations symboliques de la judéïté dans ces oeuvres. Avec son intervention dans le documentaire sur Gotlib dont nous parlerons tout à l'heure, il semble que cette journée soit marquée pour lui d'une pierre blanche. Il explique d'ailleurs
sur son blog combien elle a compté pour lui.
Martin Winckler parle des super-héros. © L'Agence BD Il s'en suivit un hommage à Will Eisner animé par
Benoît Mouchart, le Directeur artistique du Festival d'Angoulême partenaire de la manifestation, où le dessinateur
Franck Biancharelli s'est employé à montrer les ficelles de l'art du dessinateur new-yorkais, avec le co-créateur de
Métal Hurlant et premier éditeur du
Pacte avec Dieu (Delcourt) en France,
Jean-Pierre Dionnet et l'historien américain de la BD
Maurice Horn, tandis que le dessinateur
Jung Hennin (
Couleur de peau : Miel) expliquait pourquoi il avait choisi le roman graphique pour exprimer son histoire d'enfant coréen adopté par un couple de parents belges. Intéressant chassé croisé entre Dionnet et Horn, ce dernier s'attribuant la rencontre entre Will Eisner et Art Spiegelman sous les regards incrédules du co-créateur de
Métal Hurlant et celui du biographe d'Edgar Pierre Jacobs...
Hommage à Will Eisner : De g. à Dr.: Didier Pasamonik, Jean-Pierre Dionnet, Benoit Mouchart, Maurice Horn, Jung Henin et Franck Biancarelli. © L'Agence BD Le moment attendu arrive enfin :
Jo Kubert monte sur l'estrade. Bâti comme un chêne, ce fondateur de l'industrie du Comic-Book, présent à l'âge de 12 ans dans l'atelier de Will Eisner à la fin des années 1930, figure du
Silver Age, a une silhouette de jeune homme. Humble et professionnel, il évoqua, soumis à la question par Jean-Pierre Dionnet et Martin Winckler, les grands noms de l'histoire du comic-book qu'il a croisés tout au long de sa carrière :
Will Eisner, Bob Kane, Jack Kirby, Bob Kanigher, Carmine Infantino... Il parla de sa carrière, des personnages de
Hawkman, Enemy Ace et de
Sgt Rock, de son école, la
Joe Kubert School of Cartoon and Graphic Art, de ses dernières oeuvres,
Fax From Sarajevo et
Yossel, ainsi que ses derniers travaux en cours,
Tor, dont il réalise un épisode pour DC Comics en ce moment, et
Jew Gangsters, une trilogie dont il entamera le deuxième épisode, une fois
Tor achevé. A la fin de la rencontre, Joe Kubert fut assailli par les spectateurs venus faire signer leurs albums alors que rien n'avait été prévu en ce sens. Joe Kubert se retira dans la librairie du musée pour satisfaire ses fans.
Jo Kubert entre Jean-Pierre Dionnet et Martin Winckler. © L'Agence BD La deuxième partie de l'après-midi s'ouvrait par un documentaire de
Michel Grosman sur
Gotlib dans lequel, interrogé par Martin Winckler, il parla de la profonde influence d'
Harvey Kurtzman et de
Mad sur son travail et sur
Pilote. Il évoqua notamment
Goscinny et de ses rapports avec la judéité. «
Avec Goscinny, on n'en parlait pas, dit-il.
Alors qu'avec Kurtzman, il nous arrivait de glisser l'un ou l'autre mot yiddish. » Un montage fait par Michel Grosman sur une séquence de la
Rubrique à Brac parlant du déménagement des Halles de Rungis coupa le souffle à l'assistance. «
C'est une préfiguration de « Maus » ! » analyse Martin Winckler.
Ben Katchor. © L'Agence BD La ferveur ne faiblit pas avec l'arrivée, encadré par
Jean-Claude Kuperminc et
Yvan Alagbé de
Ben Katchor qui nous fit une lecture suivi d'un film qui faisait découvrir à l'assistance toute la profondeur du poète visuel new-yorkais. Suit un débat avec
Myriam Katin, Diane Noomin et
Aline Kominsky-Crumb animé par la commissaire de l'exposition
Anne Hélène Hoog. On découvre la jeunesse hongroise de Myriam Katin, auteur du très touchant «
Seules contre tous ( au Seuil ) où elle raconte comment elle quitta la Hongrie sous le joug soviétique après avoir survécu à la barbarie nazie. Les deux figures de l'underground que sont Diane Noomin et Aline Kominsky-Crumb évoquèrent avec drôlerie leurs débuts de créatrice dans un monde de dessinateurs macho et de féministes sectaires. La soirée s'est terminée par l'incroyable portrait filmé de
Art Spiegelman par Benoît Peeters en présence du réalisateur, aux analyses toujours éclairantes. Une journée chargée, mais ô combien enrichissante.
Ci-dessus, Joe Kubert assailli par ses fans. A Gauche, l'écrivain Martin Winckler. A l'avant-plan, Jean-Pierre Dionnet.